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Non, les poissons rouges n’ont pas une mémoire de trois secondes

Non, les poissons rouges n’ont pas une mémoire de trois secondes

C’est l’une des idées reçues les plus répétées sur le règne animal, brandie à chaque fois qu’on veut illustrer une mémoire défaillante. Le poisson rouge oublierait tout en trois secondes. Le problème, c’est que personne n’a jamais réussi à retrouver l’origine scientifique de cette affirmation.

Une idée sans source identifiable

Contrairement à beaucoup de mythes populaires qui proviennent d’une étude mal interprétée ou d’un résultat déformé au fil du temps, celui-ci ne semble reposer sur aucune publication scientifique identifiable. Les chercheurs qui se sont penchés sur l’origine de cette croyance n’ont retrouvé aucune étude sérieuse affirmant une mémoire de trois secondes chez cet animal. L’expression semble s’être diffusée par pure répétition culturelle, popularisée notamment par des films et des dessins animés, jusqu’à devenir un fait établi dans l’imaginaire collectif sans jamais avoir été un fait scientifique.

Ce que les études montrent réellement

Plusieurs recherches en comportement animal ont au contraire démontré des capacités de mémorisation bien plus développées chez le poisson rouge. Une étude souvent citée, menée par des chercheurs à l’université de Plymouth au Royaume-Uni, a entraîné des poissons rouges à associer un levier à une distribution de nourriture. Les poissons ont non seulement appris l’association, mais l’ont retenue sur plusieurs semaines, un résultat incompatible avec une mémoire de quelques secondes. D’autres expériences ont montré que ces poissons peuvent apprendre à reconnaître des formes, des couleurs, voire des horaires de nourrissage, anticipant l’arrivée de leur repas à heure fixe.

Pourquoi ce mythe est si difficile à tuer

Ce qui rend cette idée reçue particulièrement résistante, c’est qu’elle sert un usage pratique dans le langage courant : elle offre une image simple et drôle pour décrire un oubli rapide chez une personne. Le mythe survit moins parce qu’il est cru au sens strict, que parce qu’il est utile comme expression imagée. Il existe aussi une explication plus terre-à-terre à sa popularité passée : pendant longtemps, l’argument a été utilisé, de façon assez cynique, pour justifier de garder des poissons rouges dans des bocaux trop petits, sous prétexte qu’ils ne se rendraient de toute façon pas compte de l’exiguïté de leur espace.

Un animal plus complexe qu’on ne le pense

Au-delà de la mémoire, plusieurs travaux suggèrent que les poissons rouges possèdent des capacités cognitives sous-estimées : certains chercheurs évoquent une forme de perception du temps, une capacité à naviguer selon des repères spatiaux, et des réactions différenciées selon le niveau de stress de leur environnement. Ces découvertes ont progressivement changé la manière dont certains pays réglementent la détention de cet animal : plusieurs législations européennes, notamment en Suisse, encadrent désormais la taille minimale des aquariums, en partie sur la base de ces travaux sur leur perception de l’environnement.

Une croyance qui en dit long sur la façon dont les mythes se propagent

Ce cas illustre un mécanisme classique de diffusion d’une idée fausse : une affirmation simple, mémorable, jamais vraiment vérifiée, répétée jusqu’à devenir un savoir commun. Aucun scientifique n’a eu besoin de la démentir formellement pour qu’elle s’installe, et aucune démonstration contraire n’a suffi, pour l’instant, à la faire complètement disparaître du langage courant.

Le poisson rouge qui tourne dans son bocal se souvient probablement très bien de la dernière fois qu’on l’a nourri, et peut-être même de la forme du levier qui déclenche son repas. C’est nous qui avons la mémoire courte sur l’origine de ce mythe.